Si vous regardez une carte satellitaire d'Aného, vous comprendrez immédiatement le destin de cette ville. Elle est posée sur une bande de sable presque irréelle, étranglée au sud par la fureur de l'Océan Atlantique, et baignée au nord par les eaux miroir du Lac Togo et la lagune du fleuve Mono. Aného ne possède pas son eau, c'est l'eau qui possède Aného.
La Douceur de la Lagune
La façade lagunaire d'Aného est le royaume de la quiétude. L'eau y est lisse comme du verre. À toute heure de la journée, de frêles pirogues fendent silencieusement la surface, transportant des femmes allant au marché de l'autre côté de la berge, des pêcheurs rentrant avec quelques tilapias, ou des écoliers regagnant leur village.
C'est un écosystème saumâtre très riche, bordé par des lambeaux de mangroves. Ces palétuviers ne sont pas seulement un rempart naturel qui stabilise les berges, ils sont les nurceries où se reproduisent les crabes et les poissons de la région. Sur ces berges calmes, les enfants apprennent à nager et les anciens viennent palabrer à l'ombre des amandiers.

D'un côté la fureur atlantique, de l'autre la paix lagunaire. Le dualisme parfait d'Aného.
La Colère de l'Océan : L'Érosion Côtière
Passez quelques centaines de mètres plus au sud, et le décor change radicalement. L'Océan Atlantique rugit. Les vagues qui s'écrasent sur la plage sont colossales. L'océan est ici à la fois une source de nourriture inépuisable et la plus grande menace pour la ville.
L'érosion côtière est une réalité tragique. Historiquement, Aného a déjà perdu des routes entières, des cimetières coloniaux et des dizaines de maisons, littéralement avalés par la mer. Le recul du trait de côte est causé par des changements globaux (élévation du niveau de la mer) mais aussi par des interventions humaines régionales (barrages, ports en eau profonde). Aujourd'hui, de gigantesques épis rocheux ont été construits au large pour briser la houle et sauver ce qu'il reste de la bande sableuse.
« L'eau n'oublie jamais son chemin. Si tu lui voles sa terre, elle viendra la reprendre un jour. »