Il y a un adage au Togo qui dit que « Si vous cherchez un endroit tranquille le samedi, n'allez surtout pas à Aného ». C'est la stricte vérité. La ville est la capitale officieuse de la fête et de la célébration. Qu'il s'agisse de mariages fastueux, de baptêmes, de levées de deuil ou de festivals historiques, chaque week-end transforme les rues ensablées en scènes de bal à ciel ouvert.
L'Apothéose : L'Epé-Ekpé
Au sommet de cette hiérarchie festive trône évidemment l'Epé-Ekpé, la fête du nouvel an du peuple Guin. Célébrée généralement en septembre, elle attire des dizaines de milliers de personnes venues de tout le Togo, de la diaspora et même des pays voisins.
Pendant près d'une semaine, la ville est en ébullition. La cérémonie culmine avec le rituel sacré de la Prise de la Pierre (Kpessosso) à Glidji. La couleur de la pierre annoncera les augures de l'année (blanche pour la paix, rouge pour le danger, bleue pour l'abondance, etc.). Après le rituel, le soulagement laisse place à une explosion de joie collective. Les avenues sont bloquées par des cortèges, la bière locale (Tchoukoutou) et les liqueurs fortes coulent à flots, et la musique résonne 24 heures sur 24.
« À Aného, on ne fête pas avec son argent, on fête avec son cœur et ses pieds. »
Le Syncrétisme Festif
L'autre particularité d'Aného est son incroyable syncrétisme religieux. Ici, les fêtes chrétiennes (Noël, Pâques) et musulmanes (Tabaski) sont fêtées avec autant de ferveur que les cérémonies Vaudou.
Il est extrêmement fréquent de voir une famille commencer son dimanche matin par une messe solennelle à la Cathédrale Saints Pierre et Paul, dans des tenues européennes strictes ou des pagnes wax majestueux, pour finir l'après-midi au son des percussions traditionnelles dans la cour de la concession familiale. Il n'y a pas de barrière stricte : la célébration transcende les dogmes religieux.
L'Uniforme de Fête : Le Pagne 'Aso Ebi'
Toute fête qui se respecte à Aného exige un code vestimentaire. Inspirée par l'influence du Nigeria voisin, la tradition de l'Aso Ebi (tissu de la famille) est très forte. Lorsqu'un mariage ou des funérailles sont organisés, la famille choisit un tissu spécifique. Des centaines d'invités l'achètent et le font coudre sur mesure. Le jour J, la rue est envahie par une marée de personnes portant le même motif, créant une esthétique visuelle à couper le souffle et démontrant la puissance numérique du clan.