S'il est impossible d'imaginer Aného sans l'océan, il est tout aussi inconcevable de la penser sans musique. Ici, le rythme n'est pas un simple divertissement de fin de semaine ; c'est un langage, un pont mystique entre le monde des vivants et celui des esprits. De la naissance à la mort, chaque étape de la vie Guin est rythmée par un battement de tambour spécifique.
L'Agbadja : La Danse des Guerriers devenue Célébration
Parmi tous les rythmes de la région, l'Agbadja est le roi incontesté. À l'origine, cette danse était exécutée par les guerriers après les batailles, pour mimer le courage et raconter les combats. Aujourd'hui, l'Agbadja a été pacifié et est joué lors des funérailles royales, des mariages et des fêtes de réjouissance.
La danse se caractérise par des mouvements vifs des épaules et du torse, imitant les ailes d'un oiseau en vol, le tout avec une posture légèrement penchée en avant. L'orchestre Agbadja est une mécanique de précision absolue. Il est composé de la cloche en fer à double ton (le Gankogui) qui dicte le tempo fondamental, accompagnée de hochets (les Axatse) et d'un ensemble de tambours (Sogo, Kidi, Kaganu, et le majestueux tambour maître Atsimevu).

L'orchestre traditionnel, composé du Gankogui, de l'Axatse et de tambours sculptés.
La Musique comme Code de Communication
Les tambours d'Aného ne se contentent pas de donner une cadence : ils "parlent". Le maître tambourinaire (l'Azagun) utilise la tension des peaux et différentes techniques de frappe pour imiter les tons de la langue parlée Mina/Guin. Ainsi, les tambours peuvent envoyer des messages, invoquer le nom d'une divinité spécifique ou même lancer des louanges ou des moqueries codées à l'attention des danseurs. C'est un langage que seuls les initiés peuvent entièrement déchiffrer.
« Celui qui ne comprend pas la voix du tambour danse à contretemps de la vie. »
Du Highlife aux Fusions Modernes
Étant une ville frontalière ouverte sur le Golfe de Guinée, Aného a aussi été une plaque tournante du Highlife dans les années 60 et 70, brassant les influences ghanéennes, nigérianes et togolaises. Les orchestres équipés de trompettes et de guitares électriques animaient les soirées de l'élite commerçante. Aujourd'hui, la nouvelle génération sample ces vieux vinyles de Highlife et ces rythmes Agbadja pour les mêler à l'Afrobeat et au Hip-Hop, prouvant que le cœur musical d'Aného n'a jamais cessé de battre.