A maree basse, sur la plage d'Aneho, on peut encore apercevoir des structures metalliques qui affleurent du sable. Ce sont les derniers vestiges du wharf allemand de Petit Popo, une infrastructure qui fut, a la fin du XIXe siecle, l'une des plus importantes de la cote guineenne. Construit pour pallier l'absence de port en eau profonde, il a permis a Aneho de devenir un centre commercial regional avant d'etre englouti par l'erosion cotiere.
Pourquoi un wharf ?

La cote togolaise est plate et sablonneuse, sans port naturel capable d'accueillir des navires a fort tirant d'eau. Les marchandises devaient etre transbordees sur des pirogues depuis la plage jusqu'aux bateaux ancres au large — un processus lent, dangereux et couteux. Chaque annee, des piroguiers perdaient la vie dans les courants violents du Golfe de Guinee en tentant de charger ou decharger les navires.
Le wharf, un ponton metallique s'avancant dans la mer, a resolu ce probleme. Construit vers 1890 par l'administration coloniale allemande, il mesurait pres de 200 metres de long et permettait aux navires d'accoster directement. L'infrastructure etait constituee de piliers en fer enfonces dans le sable, supportant une plateforme en bois. Des rails permettaient aux wagonnets de transporter les marchandises entre le navire et la terre ferme.
Un poumon economique
Pendant une decennie, le wharf a ete le coeur battant de l'economie d'Aneho. L'huile de palme, le coton, le coprah et les produits manufactures importes d'Europe y transitaient. Les navires de la Woermann-Linie, la principale compagnie maritime allemande, y faisaient escale regulierement. Le wharf a fait d'Aneho le principal port du Togoland, devant Lomé, et a permis aux commercants guin d'acceder directement aux marches europeens.
Les recits des voyageurs de l'epoque decrivent l'animation qui regnait sur le wharf les jours d'arrivee des navires. Les porteurs se pressaient sur la plateforme. Les commercants negociaient a la criee. Les enfants guettaient l'arrivee des bateaux depuis la plage.
La destruction et l'heritage
Le wharf n'a pas survecu aux assauts de l'ocean. Expose aux courants violents, il s'est degrade plus vite que prevu. L'administration coloniale, qui avait deja transfere la capitale a Lomé en 1897, n'a pas juge rentable de le reconstruire. Le wharf a ete progressivement abandonne. Les tempetes ont emporte la plateforme. Les piliers se sont affaisses dans le sable.
Aujourd'hui, seuls quelques piliers rouilles, visibles a maree basse, temoignent de son existence. Le wharf est devenu un symbole : celui de la grandeur passee d'Aneho, et celui de la menace que l'erosion cotiere fait peser sur le patrimoine de la ville. Avec le changement climatique, les derniers vestiges pourraient disparaitre d'ici une generation.
