Quand les derniers soldats allemands capitulent devant les forces franco-britanniques en aout 1914, Aneho change de mains pour la deuxieme fois en trente ans. La ville qui avait ete la capitale du Togoland allemand passe sous administration francaise, d'abord comme territoire occupe, puis comme mandat de la Societe des Nations. Cette periode, qui dure jusqu'a l'independance du Togo en 1960, est la plus longue tutelle coloniale imposee a Aneho.
L'installation francaise

Contrairement aux Allemands, les Francais ne font pas d'Aneho leur capitale. Lomé, deja siege du gouvernorat depuis 1897, reste le centre administratif. Aneho devient une simple circonscription de l'interieur, perdant le statut privilegie qu'elle avait sous le regime precedent. Ce declassement est vecu comme une humiliation par les elites locales.
L'administration francaise impose ses structures avec methodes. L'ecole publique en francais devient obligatoire. Les langues locales sont exclues de l'enseignement — un eleve surpris a parler mina dans la cour de recreation est puni. La fiscalite moderne remplace les systemes de prelevement traditionnels. Le recrutement militaire obligatoire envoie les jeunes Guin combattre sous le drapeau francais pendant les deux guerres mondiales.
Les enfants guin apprennent a lire et a ecrire dans la langue du colon. Une elite francophone emerge de ce moule, qui jouera un role cle dans la marche vers l'independance. Mais cette ascension a un prix : la coupure progressive d'avec la culture orale et les savoirs traditionnels.
Resister a la presence francaise
La domination francaise n'est pas acceptee passivement. Les familles royales d'Aneho, notamment les Lawson, continuent d'exercer une influence parallele a l'administration coloniale. Les ceremonies traditionnelles maintiennent la cohesion sociale. Le reseau commercial guin, herite de la periode allemande et de l'epoque afro-bresilienne, preserve une autonomie economique qui limite le controle francais.
Des mouvements politiques se structurent dans les annees 1940. Le Comite de l'Unite Togolaise (CUT), fonde par Sylvanus Olympio, petit-fils d'Octaviano Olympio et enfant d'Aneho, devient le principal vecteur de la revendication independantiste. Olympio, forme a la London School of Economics, parle l'anglais, le francais, l'allemand et le mina. Il incarne la synthese des influences qui ont traverse Aneho et utilise sa maitrise des codes europeens pour porter la parole independantiste devant les instances internationales.
Vers l'independance
En 1956, le Togo francais obtient le statut de republique autonome au sein de l'Union francaise. C'est une premiere victoire. Quatre ans plus tard, le 27 avril 1960, le Togo proclame son independance. Sylvanus Olympio en devient le premier president. Pour Aneho, c'est un moment de fierte intense : l'enfant du pays, l'heritier des Lawson et des Olympio, est desormais le chef de l'Etat.
L'heritage francais reste visible : la langue, le systeme administratif et juridique, les infrastructures routieres. Mais il se superpose aux couches precedentes — guin, afro-bresilienne, allemande — sans les effacer. Aneho est peut-etre la seule ville du Togo ou l'on peut entendre, dans une meme conversation, des mots de mina, de francais, d'allemand et de portugais.